Le Triomphe de la volonté
Séance contre-propagande : Le Dictateur, de Charles Chaplin, 12 février 2026 à 20h00
Reprenant l’intitulé du Congrès du parti nazi de Nuremberg organisé en 1934, le film a pour objectif d’exalter la puissance de l’Allemagne nazie. Les discours enflammés des hauts responsables du parti succèdent aux défilés militaires et aux parades en costumes traditionnels…
« Dans ce film maudit et fameux sur le congrès du Parti national-socialiste de septembre 1933 à Nuremberg, Leni Riefenstahl a concentré plusieurs discours d’Hitler qui en réalité furent prononcés plusieurs jours différents de façon à construire une « journée » unique et symbolique […] Or, c’est le filmage qui permet d’établir que la réalisatrice ne se tenait pas dans la neutralité qu’elle prétend et qui montre qu’elle renforçait ainsi le discours […] Elle a d’abord sélectionné quelques phrases, quelques moments dans de très longs discours. Elle les a montés « sec » de manière à produire de l’effet. Ensuite, pour le premier discours, elle a disposé autour de la tribune où se tenait l’orateur des rails circulaires qui lui permettaient de varier l’angle, d’animer artificiellement le personnage, et surtout d’entourer le leader d’un cercle invisible l’isolant du commun des mortels. En outre, elle le
filme en contre-plongée. Sa voix amplifiée par les micros plane au-dessus de la masse, elle est omniprésente, on l’entend au même niveau sur tous les plans de coupe. Cela lui confère surpuissance et ubiquité. Le montage et le mouvement produisent le même effet : le Führer est partout et nulle part à la fois.
La meilleure démonstration de la non-innocence de ces effets est fournie à contrario par la séquence correspondante dans Le Dictateur de Chaplin : Hynkel y est filmé de face, en plan fixe, aucune coupure n’a éliminé ses toussotements et ses étranglements… »
François Amy de la Bretèque, « Cinéma de propagande et propagande dans le cinéma » In : Images militantes, images de propagande. Arles, 2007. Paris, Editions du CTHS, 2010.